La voix des peuples serait-elle la voix des dieux ? Dans l'église de La Livinière, magnifique village du minervois héraultais, célèbre pour ses vins rouges chaleureux et élégants, résonnent encore les vocalises subtiles des chants d'Italie du sud de Damakà. Depuis longtemps sans doute ces voûtes séculaires n'avait pas vibré sur des harmoniques aussi parfaites. Peu après sur les marches de la même église, la Mal Coiffée chantait "las restolhas" des amours contrariées. En ce premier et chaud dimanche de juillet, des voix, il y en avait déjà eu beaucoup pour glorifier cet opus 1 du festival Vox Populis. Celle, rebelle et tendre de Morena, celle tantôt gouailleuse tantôt chamanique de François Breton, celle d'Hélène Bardot qui déroule en longues phrases ciselées des récits merveilleux puisés dans toutes les légendes et les mythologies du monde. Celles, émouvantes et joyeuses, de la Kabylie du duo Salim Boussa, celle de l'Andalousie aride de la troublante Cecilia. Les voix des fanfares, des cuivres et des tambours, des saxos jazzy et des banjos rageurs, se promenant de place en place et de ruelle en ruelle. Ils étaient venus, ils étaient tous là, les musicos, les théâtreux, les saltimbanques, tous les amis de Giuseppe Nicolosi, le régional de l'étape, le maître de cérémonie, qui te faisait l'honneur et l'amitié de t'accueillir personnellement dans son village comme s'il t'ouvrait en grand les portes de sa propre maison. Merci à lui, à tous ceux qui ont travaillé à l'organisation et à l'accueil irréprochables de cette longue journée, au talent, à la générosité, à cette joie de se retrouver ensemble, au mescladis des cultures, des sons, des images, des vins et des saveurs. C'est sûr et certain, même si l'été ne fait que commencer, cette fête restera un des plus beaux moments de créativité et de convivialité de la saison.
L'ouverture des 20èmes estivales de Camplong a eu lieu mardi soir dans la fraîcheur et le grand vent. Sur scène la Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca. Apre tragédie au goût de mort d'un Lorca à la veille d'être lui-même exécuté. Dans cet inéluctable sacrifice de l'amour et des sentiments par une caste dominante pétrie de religiosité puritaine, Mylva incarne une Bernarda austère et implacable au milieu des actrices de la Compagnie du Tilleul, émouvantes et pathétiques dans leurs personnages de femmes muselées, déchirées de passions. On reste troublé par les résonnances modernes de ce terrible réquisitoire de Lorca contre les pouvoirs de l'intégrisme. Et on savoure la pureté des superbes intermèdes de flamenco interprétés par Nicolas Garcia et Jose Nabarlas. A voir et à revoir, avec une météo plus clémente!


